20 ans après la construction du rap américain et 15 après celle du rap français ,certains disent que le rap a évoluer d'autre qui la régrésser et les rappers sont nostalgiques des années 1990 ou le rap et les premiers crews sortaient des égouts de la ville pour se rebeller a l'aide de leur parole révolutionnaire
ANTHOLOGIE DU RAP
Deux platines et un micro pour un cocktail molotov musical
En 1979, le sud du Bronx n'a pas son pareil dans le monde. Vers la fin de la décennie pourtant, grâce à la fac de sciences économiques de Chicago et à une musique appelée le rap, il aura fait d'innombrables émules dans les cités du monde occidental.
Il faut se replacer dans le contexte de l'époque : la municipalité de New York est en faillite depuis cinq ans, lorsque Grandmaster Flash et les Furious Five sortent de leurs HLM ravagés pour publier leur single "The Message". Le quatrième couplet de la chanson est un récitatif de Melle Mel qui raconte en rimes la vie et la mort d'un enfant du ghetto, trame de nombreux raps à avenir.
Le rap est une musique punk noire ou plutôt un cocktail Molotov musical fait maison, tout juste concocté avec deux platines et un micro. Comment ce mélange détonant est-il fabriqué ? Un DJ coupe entre deux disques et insère huit mesures de percussion, histoire d'introduire un pont musical ou break à partir de succès disco comme "Good Times" de Chic pour créer un leitmotiv hip-hop sans fin. A ses côtés, les danseurs exécutent des pirouettes sur la tête (« break-dancing ») et les rappeurs se disputent âprement le micro. En vomissant des invectives apprises du champion de boxe poids lourd Cassius Clay (alias Mohammed Ali), qui interpellait couramment ses adversaires en vers pour les intimider avant le combat, les rappeurs créent un nouveau jeu de rôle pour les déshérités des cités. Parallèlement, la jeunesse du ghetto
« taggue » sur les trains qui passent et invente un style. Et voilà que le graffiti érigé en art ne tarde pas à se vendre dans les galeries du bas de Manhattan !
En réalité, on retrouve l'empreinte du rap chez les griots d'Afrique de l'Ouest, homologues des baladins du Moyen Age. Le verbe to rap signifie
« discuter », « causer » ou, mieux, « tchatcher » et préexistait à la musique du même nom. Le collectif new-yorkais des Last Poets enregistre déjà des disques de poésie rap en 1970. Sans appui instrumental, le groupe récite des psalmodies sur la détresse de ses frères afro-américains en leur prodiguant ces avertissements : « Wake up niggers or yo'all dead » (« réveillez-vous, les Blacks sinon vous allez tous crever ! »). Le rap n'en est pas pour autant la première source musicale à jaillir de la rue. Trente ans plus tôt, des adolescents trop pauvres pour s'acheter des instruments de musique étaient devenus des vedettes du doo-wop... (mais aussi dealers, proxénètes et cadavres). Le premier label de rap est directement lié aux débuts du rhythm and blues à New York. Il s'agit de Sugarhill, dirigé par Sylvia Robinson.
Un appel vibrant à la révolution noire
Rapidement, ce nouveau style musical trouve des imitateurs blancs en les personnes des Beastie Boys, qui parodient le ton « cartoonesque » du rap. Enfin, l'arrivée inopinée des boîtes à rythme numériques et des samplers rend le tempo hip-hop beaucoup plus accessible aux musiciens novices. Les Run DMC, eux aussi sur le label Def Jam, se font connaître du public blanc avec une reprise de "Walk This Way" d'Aerosmith. Eric B et Rakim chantent dans "Paid In Full" leur intention d'obtenir complète rétribution et LL Cool J les accompagne sur la lancée avec la première chanson d'amour rap. Snoop Doggy Dogg et Tupac Shakur - pour ne citer qu'eux - tentent, mais en vain, de renouveler la thématique rap. La formule reste cependant inchangée et, au début des années 90, les disques rap vont à nouveau privilégier la vieille école (« old school »).
Remettant en vigueur le séparatisme militant de Malcom X qui a inspiré les Last Poets, le groupe new-yorkais Public Enemy lance un appel vibrant à la révolution noire sur des albums comme It Takes A Nation Of Millions. Ses mélodies retentissent de sirènes de police samplées qui donnent un son des plus bruts et des plus violents à ce son d'avant-garde. Créateur du style hardcore, Public Enemy obtient enfin une réaction à Compton, banlieue de Los Angeles.
Dans une ville où les patrouilles de police en hélicoptère emploient les tactiques de la guerre du Vietnam, Ice-T célèbre les jours fastes où il n'a pas besoin d'utiliser son AK 47. Les Niggas With Attitude (NWA) glorifient également les fusillades exécutées depuis des voitures en marche et recueillent une immense audience avec leur gangsta rap, en partie grâce au don musical de leur membre fondateur et producteur Dr Dre. L'album solo de ce dernier, The Chronic, est un standard du rap, un opéra qui met en scène un jeu du chat et de la souris vindicatif. En fait, il traite de la rivalité de l'auteur avec Easy E, membre fondateur de NWA, avec une sonorité teintée d'orgue Moog inspirée du groupe Funkadelic.
Des rivalités d'adolescents en quête d'affirmation virile
Dr Dre et Suge Knight, patron de label, dénichent de talentueux protégés en la personne de Snoop Doggy Dogg et de Tupac Shakur. Souvent les rappeurs se donnent des airs de matamore et brassent du vent pour rien, mais ces deux-là vivent ce qu'ils chantent : la guerre entre deux gangs des rues de Los Angeles, les Crips et les Bloods. Snoop Doggy Dogg tient le volant lors d'une fusillade. Et le gangsta rap atteint son apothéose macabre dans un barrage de coups de feu : c'est Shakur qui est abattu le premier puis, quelques semaines plus tard, c'est le tour du rappeur new-yorkais Notorious BIG. Pan ! pan ! pan !
Avec de tels passages à l'acte, le rap est allé aussi loin qu'il le pouvait. Gang Starr à New York se met à utiliser des samples de jazz et conquiert ainsi l'approbation de la critique. Cypress Hill fait des mix « old school » dans un esprit macabre. Le Wu-Tang Clan censure le contenu politique exprimé par Public Enemy et conquiert un large auditoire. En dépit des efforts de RZA, du Wu-Tang, de Redman et du burlesque Busta Rhymes, l'évolution du rap échoue. Il n'a pas su dépasser les rivalités d'adolescent en quête d'affirmation virile. Dès lors, cet équivalent noir du heavy metal ne demeure populaire qu'auprès des jeunes garçons. Enfin, tandis que le style engendré par le rap devient le code de comportement des banlieues occidentales, les rappeurs des années 90 jouent les guest stars sur les chansons d'autres chanteurs, une spécialité du producteur Sean « Puffy » Combs.